Les États-Unis sont-ils en avance sur l’Europe dans la digitalisation du parcours d’achat meuble ? La réponse est oui… mais pas sur tous les points, et surtout pas au détriment du magasin.Entre configurateurs en ligne, IA générative et rôle clé du vendeur, le modèle américain offre des pistes très concrètes pour les acteurs français et européens.
C’est ce qu’ont analysé
Christophe Gazel,
directeur général de
l’IPEA Institut de la maison, et
Annabel Chaussat, CEO de
HomeByMe, à l’occasion d’un talk dédié au « parcours d’achat digital ». Ensemble, ils décryptent les usages digitaux des consommateurs américains et européens, et les enseignements à tirer pour les enseignes, marques et distributeurs du meuble.
Un point commun majeur : le digital au cœur du projet maisonDes deux côtés de l’Atlantique, le constat est clair : la préparation d’un projet d’aménagement passe d’abord par le digital.
En Europe comme aux États-Unis, une large majorité des consommateurs commence par se renseigner en ligne : recherches d’inspiration, comparaison de prix, vérification des adresses de magasins, avis clients, etc. Le smartphone devient le premier écran du projet.
Pour autant, le meuble reste un achat impliquant, de long cycle : quelques jours, semaines, parfois des mois entre l’idée et la concrétisation. Annabel Chaussat rappelle que le digital « accompagne un projet », et non un simple achat d’impulsion. Toute la difficulté pour les enseignes consiste donc à rendre ce parcours fluide, sans rupture entre l’online et le magasin.
Des consommateurs américains plus matures sur les configurateursL’étude menée pour HomeByMe montre un vrai décrochage sur l’usage des configurateurs 3D :
- Pour la cuisine, un consommateur américain sur deux a déjà utilisé un configurateur pour son projet, contre environ un sur trois en Europe.
- Pour le canapé, 50 % des Américains déclarent qu’ils choisiraient plus volontiers une marque proposant un configurateur en ligne, contre une proportion nettement moindre chez les Européens.
Cette maturité s’explique par plusieurs facteurs évoqués par Christophe Gazel :
- une culture ancienne de l’achat « à distance » (du catalogue papier aux plateformes digitales) ;
- un territoire immense, avec un maillage de magasins moins dense qu’en Europe ;
- des acteurs référents comme Home Depot, Lowe’s ou Ikea, qui ont très tôt structuré des parcours projet intégrant le digital.
Configurateur : sortir du prix pour entrer dans le projetCôté enseignes, le configurateur n’est plus un gadget. Il devient un outil stratégique pour sortir d’une logique « produit + prix » et entrer dans une logique projet + valeur.
En permettant au consommateur de :
- se projeter dans son espace réel,
- tester plusieurs configurations, dimensions, couleurs, finitions,
- visualiser l’ensemble du projet (et pas seulement un meuble isolé),
l’enseigne enrichit l’expérience et diminue la peur de se tromper. Christophe Gazel le rappelle : un consommateur qui doute réduit spontanément son budget. À l’inverse, un client rassuré sera plus enclin à monter en gamme et à valoriser la qualité, le service et la personnalisation.
Magasin : loin d’être mort, plus essentiel que jamaisContrairement aux discours alarmistes, ni l’étude européenne ni l’étude américaine ne confirment la « mort du magasin ».
Les consommateurs s’y rendent toujours pour deux raisons majeures :
- toucher, essayer, tester : ouvrir les portes, s’asseoir sur le canapé, apprécier les matières ;
- bénéficier du conseil d’un expert : arbitrer un choix, valider une configuration, sécuriser un investissement important.
Point intéressant : les Américains valorisent encore davantage que les Européens le rôle du conseiller en point de vente. Le magasin reste le lieu où l’émotion, la relation humaine et la réassurance viennent compléter le travail rationnel fait en amont sur écran.
Le défi pour les enseignes, souligne Annabel Chaussat, est de faire en sorte que le vendeur puisse rebondir sur tout ce que le client a déjà fait en ligne : moodboards, essais de configurations, inspirations, listes de souhaits… C’est cette continuité qui transforme un trafic plus rare, mais plus qualifié, en chiffre d’affaires.
Vers un vendeur « augmenté » par les outils digitauxDans ce modèle, le vendeur devient un vendeur augmenté :
- Le digital capte, inspire, structure le projet.
- Le configurateur met en scène le projet dans l’espace réel.
- Le vendeur prend le relais pour affiner, conseiller, adapter, conclure.
L’enjeu n’est pas de remplacer l’humain, mais au contraire de le remettre au centre, en le libérant des tâches répétitives pour lui permettre de se concentrer sur l’écoute, la pédagogie, la valorisation du savoir-faire et des services (pose, SAV, financement, durabilité…).
Trois priorités stratégiques à retenirEn conclusion, Christophe Gazel et Annabel Chaussat dégagent trois axes majeurs pour les acteurs français et européens :
1. Investir dans l’acquisition digitale : aller chercher le client là où il commence réellement son projet – chez lui, sur son smartphone.
2. Faire du magasin le cœur de la conversion : capitaliser sur le contact humain, l’essai produit et la réassurance pour transformer un projet mûri en ligne en vente concrète et valorisée.
3. Former et outiller les vendeurs : leur permettre d’exploiter pleinement ce que le client a déjà fait en amont, et de s’appuyer sur le digital comme sur un allié.
Le marché américain ne fournit pas un modèle clé en main, mais une longueur d’avance inspirante. À la filière meuble française de s’en emparer pour renforcer à la fois son expertise, sa proximité client et sa capacité d’innovation.
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Marché américain : quelles idées en tirer ?